Le Reve Americain : mythe ou realite ?

Le Rêve Américain - mythe ou réalité
Le Reve Americain : mythe ou réalité ?

 

Cette article parle de l’HISTOIRE du rêve américain depuis ses origines, et non d’une opinion personnelle. 

Les plaines verdoyantes de la Nouvelle-Angleterre venaient s’échouer au pied des Monts Appalaches, mais au delà s’étendaient encore des terres. Des terres déjà plus sèches et qui devenaient franchement arides à l’approche des Rocheuses, mais là encore, elles continuaient de s’étendre indéfiniment.
Ici débutait l’Amérique, c’est à dire ailleurs. Ici commençait le rêve, par un mouvement susceptible de ne jamais s’arrêter. Plus loin. Mieux.
En 1774, le gouverneur de Virginie décrivait le peuple américain de la sorte : « s’ils atteignaient le paradis, ils le quitteraient après avoir entendu parler d’un endroit meilleur à l’Ouest. »

Longtemps pour l’Europe, l’Ouest n’eut d’autre réalité qu’un océan immense et infranchissable. Quand au XIX° siècle, des générations d’irlandais, d’allemands et d’italiens tournent leur regard vers l’Amérique, le mouvement qui va présider à leur quête est inédit. Le sens de lecture du monde vient soudainement de changer. Le Vieux continent va rajeunir. Le pauvre s’enrichira. L’esclave sera libéré. Quand il est permis de commencer le livre par la dernière page, tout devient possible.

Outre le droit à la Vie et à la Liberté, la constitution américaine garantit à ses citoyens un droit « à la poursuite du Bonheur ». Autant que ce dernier puisse être relatif, le Rêve Américain fut d’abord protéiforme.
Pratiquer librement son culte. Posséder la terre que l’on travaille. Manger à sa faim. Echapper au joug d’un ordre social, religieux, familial. Les avatars du Rêve étaient aussi nombreux que les rêveurs. Du fait de leur individualité, ils partageaient toutefois une vision commune : c’est par leur valeur et leur travail, en tant qu’hommes et femmes uniques qu’ils s’accompliraient.

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Quand en 1931, James Truslow Adams emploie pour la première fois l’expression de Rêve Américain, il lui associe les notions de liberté et d’ascension sociale par le mérite. Cette assertion donne au Rêve ses contours définitifs. Le citoyen américain a échangé ses aspirations horizontales de grands espaces contre un violent désir de verticalité. Le pionnier a assez voyagé, découvert et parcouru. Il s’est transformé en un citadin dont le rêve commence dans les profondeurs du métro pour se poursuivre au sommet des buildings. Malheureusement, là où les espoirs s’essaimaient au hasard des Grandes Plaines, ils se bousculent maintenant sur une échelle étroite qui ne pardonne aucun faux pas.

Ce hiatus entre horizontalité et verticalité définit l’espace qui séparera le mythe de la réalité.
Le mythe s’apparente ainsi à une chimère composite qui s’étend en travers de l’Histoire et de l’espace américain. En son sein, elle abrite les villes qui ne dorment jamais et les vastes prairies qu’arpente la figure du cow-boy solitaire. Mais ce cow-boy peut devenir tour à tour un self-made man qui prend d’assaut la City ou une starlette repérée par un producteur dans un club de Sunset Boulevard. Car dans l’imaginaire, rien n’est contradictoire.

Chaque année, 675 000 immigrés reçoivent un visa américain. (Nombre qui ne prend pas en compte les entrées illégales sur le territoire.) Principalement mexicains, chinois et indiens, ils doivent se confronter à une réalité qui étrécit brutalement le champ du rêve.
Ainsi, en 2007, une étude du Pew Charitable Trust s’était attaquée aux chiffres de la mobilité économique intergénérationnelle, ou comment augmentaient les revenus d’une génération à l’autre. Le constat était édifiant. Parmi les pays à hauts revenus, les Etats-Unis occupaient l’avant-dernière position après le Royaume-Uni.
Contrairement aux hommes et à leurs rêves qui s’agitent sans cesse, l’argent semble trop lourd pour passer d’une poche à l’autre.

Nécessairement réservée à une élite, la réussite matérielle serait-elle la condition sine qua non de l’accomplissement du Rêve Américain ?
A dix ans d’écart, avant et après la dépression de 1929, deux romans ont abordé la question sous des biais presque opposés. En 1927, malgré sa fortune colossale, Jay Gatsby, le héros du roman éponyme de F. Scott Fitzgerald, échoue à atteindre « la lumière verte, l’extatique avenir qui d’année en année recule devant nous ». En 1936, dans Des Souris et des Hommes de John Steinbeck, Georges et Lenny voient s’évanouir devant eux la perspective d’un rêve modeste : l’achat d’une petite ferme qu’ils exploiteraient eux-mêmes.

Loin du New York de Fitzgerald et du Sud de Steinbeck, dans le désert du Nevada, le Rêve a fait jaillir une ville de la poussière. Avec plusieurs dizaines de milliers

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de kilomètres de néon, la première ville hôtelière du monde attire 40 millions de visiteurs par an.
Las Vegas compte toutefois des records plus sinistres à son actif.
Plus fort taux de suicide des Etats-Unis. Plus fort taux de fumeurs par habitant. Plus fort taux de consommation de drogue chez les jeunes. Plus fort taux d’échec scolaire. Plus fort taux de surendettement des ménages.
Est-ce à dire que le Rêve et la réalité ne sont pas faits pour s’entendre ?

Au cours du XX° siècle, la contre-culture s’est développée en refusant les termes d’un Rêve devenue une norme terrifiante. Jazzmen, rockeurs, beatniks, hippies, surfeurs, la liste de ceux qui créèrent un songe à leur mesure est sans fin. Si tous ont essayé de revenir à l’essence même du Rêve, celui qui se tenait originellement au delà de tous les horizons, ils ont invariablement été absorbés par la chimère. Elle les a ajoutés à sa collection d’images dont l’éclat continue d’attirer les rêveurs comme autant de phalènes perdues dans la nuit.

Couverte de plaies que ses fondements mêmes auraient dû guérir, l’Amérique s’appuie sur son Rêve lorsqu’elle vacille. Au pied de la chimère, les espoirs sont déposés comme des offrandes qui cimentent les douloureux contrastes sociaux et économiques de la nation.
Pris dans des vies définitivement trop courtes pour atteindre « un endroit meilleur à l’Ouest », les hommes viennent nourrir le mythe tandis que la réalité les écrase ou les projettent plus haut qu’ils ne l’avaient espéré. Une génération après l’autre, ils passent et le Rêve demeure. Rêvent-ils vraiment d’une Amérique à jamais hors d’atteinte, ou bien est-ce elle, qui avidement, continue de les rêver ?

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